Fiches - Curtiss P-40 (2B)

Publié le par TEX - VESPASIANO

2ème partie (suite)



Comme son prédécesseur le Tomahawk, le P-40E fit preuve de ses qualités en Chine, notamment aux mains de l’AVG. Parmi les nombreux exploits de cette escadrille de volontaires, ceux du Colonel Robert L. Scott occupent une place particulière. Le Colonel Scott était responsable du pont aérien ABC (Assam, Burma, China) qui acheminait le ravitaillement provenant d’Inde, aux troupes chinoises de Tchang Kaï-chek. Ce pont aérien fonctionnait grâce à des Curtiss C-46 et Douglas C-47 qui survolaient régulièrement l’une des régions la plus inhospitalière au monde : les contreforts de l’Himalaya ; de plus, ces avions de transport étaient souvent attaqués par des chasseurs japonais basés en Birmanie. Lors de la livraison de 30 P-40E à la Chine, Scott persuada le Général Chennault de lui céder un P-40 afin de freiner l’ardeur des Japonais dans le nord de la Birmanie. C’est ainsi que le Colonel Scott, surnommé "One man Air Force", put mener sa guerre personnelle contre l’Empire du Japon ! Plusieurs fois par jour, il décollait avec son P-40, qu’il avait baptisé "The Old Exterminator", et attaquait les convois de ravitaillement ainsi que les troupes de fantassins japonais qu’il pouvait survoler. A chacune de ces attaques, il prenait soin de peindre la casserole d’hélice de son avion d’une couleur différente, et de venir d’une nouvelle direction afin de faire croire aux Japonais que les forces sino-américaines étaient quantitativement bien supérieures à la réalité. Lorsqu’il ne rencontrait pas de cibles, lors de son retour vers son aérodrome, il s’exerçait au tir sur les crocodiles du Gange. Après sa dissolution, le 10 juillet 1942, l’AVG fut intégré à l’USAAF, donnant ainsi naissance au 23rd FG (74th, 75th et 76th FS). Ce Fighter Group sera commandé par le Colonel Scott. Au final "Scotty" aura descendu treize avions japonais à bord de son P-40.
Après la guerre, le Colonel Scott, devenu Général, continuera à voler sur F-15, F-16, et même sur un B-1B alors qu’il était âgé de … 89 ans !
Le Général Scott a écrit de nombreux livres sur l’aviation et sur les "Tigres Volants" comme "Damned to Glory", "Runway to the Sun", "Look of the Eagle", "The Day I Owned the Sky", etc… Le plus connu de tous est certainement "Dieu est mon Co-Pilote" ("God is my Co-Pilot").


Ce P-40E fut confié par le Général Chennault au Colonel Scott. C’est à bord ce cet avion, qu’il baptisa "The Old Exterminator", que le Colonel Scott remporta ses premières victoires au dessus de la Birmanie en 1942.



LA RENCONTRE DE CURTISS AVEC UN ENCHANTEUR : LE "MERLIN"

Afin d’améliorer les performances de son chasseur, tout particulièrement en altitude, Curtiss profita des clauses du pacte d’assistance mutuelle entre les USA et la Grande-Bretagne pour installer un moteur Rolls Royce Merlin sur son P-40.
Cette transformation eut lieu, au début de 1941, sur le deuxième P-40D (serial 40-360). Le moteur installé était un Merlin 28 de 1300 ch au décollage, doté d’un compresseur à un étage et à deux vitesses. Ce P-40, rebaptisé XP-40F, prit l'air le 30 juin 1941. Il fut le premier à recevoir officiellement le surnom de "Warhawk" dans l’Army Air Force. Extérieurement, cet appareil se distinguait de ses prédécesseurs par la suppression de la prise d'air du carburateur sur le capot moteur et par la gueule de son radiateur plus avancée et plus profonde. Le XP-40F disposait de réservoirs de voilure plus volumineux et le renforcement de ses attaches ventrales permettait l’emport d’un réservoir largable de 290, 580 ou 650 litres, ou bien d’une bombe de 227 ou 405 kg. Dès ses premiers essais, le XP-40F donna toute satisfaction tant sur le plan des qualités de vol que sur celui des performances, celles-ci étaient sensiblement améliorées, tout particulièrement en altitude où la version F était aussi rapide à 6000 mètres qu’un P-40E à 4500 mètres.
La production du P-40F, dénommé Hawk H.87B en usine, débuta lentement, car il fallut attendre la mise au point définitive du Packard V-1650-1, copie sous licence du Rolls Royce Merlin 28. Une fois cette étape franchie, le rythme s’accéléra à partir de la mi-42 et le P-40F entra en service opérationnel. 96 P-40F et 603 P-40F-1 (le F-1 était quasiment identique à la version F) furent produits avant que l’on s’attache à résoudre le problème, toujours présent, de son instabilité directionnelle. Cette instabilité directionnelle, particulièrement présente à basse vitesse, était due à l’effet de couple du moteur. Sur la version F, le surcroît de puissance offerte par le Packard, amplifiait un peu plus cette instabilité ; il devenait urgent d’y remédier. Tout d’abord, on tenta de corriger ce défaut en adaptant une arrête parabolique sur le dos du fuselage à la base de la dérive. Cet aménagement, qui avait déjà été effectué sur les derniers P-40E, s’avéra insuffisant. On procéda alors à une modification plus radicale en allongeant la partie arrière du fuselage. La position de l’empennage horizontal resta inchangée, mais la dérive verticale se vit reculée de 51 cm. Le résultat fut jugé très positif, et cette modification fut introduite sur les modèles de production qui furent dénommés P-40F-5. Ce nouveau type de dénomination (F-1, F-5, F-10, etc…) était dû à l’apparition du système dit des "blocs de production". (NB : l’appellation exacte est P-40F-1CU, CU désignant l’usine Curtiss. Elle s’applique également aux modèles suivants, mais dans le souci d’une lecture plus facile, cette abréviation ne sera plus répétée.)
Cette modification structurale fut conservée sur les versions suivantes, P-40F-10, P-40F-15 et P-40F-20, caractérisées respectivement par des volets de refroidissement à commandes électriques et non manuelles, par des équipements d'hiver spéciaux et par un nouvel équipement d'oxygène à débit réglable pour le pilote.
A la fin de 1942, du fait du manque de disponibilité du moteur Packard, réservé en priorité au P-51 Mustang, un certain nombre de P-40F furent modifiés pour recevoir le moteur Allison V-1710-81 (F20R) de 1360 ch. Il semblerait que 600 appareils (y compris des P-40L) aient été ainsi transformés ; cependant on n’en trouve confirmation que pour 70 d’entre eux. Ces avions, rebaptisés P-40R-1, furent relégués à des unités d’entraînement.
Sur les 1311 P-40F construits, conformément à la loi "Lend-Lease", 100 furent envoyés à l’URSS et 230 furent livrés à la Grande-Bretagne qui les baptisa Kittyhawk Mk.II. Cependant, la RAF, la RAAF (Australie) et la SAAF (Afrique du Sud) n’en prirent que 117 en compte. Sur les 113 autres, au moins 81 furent rétrocédés aux USA lors de la campagne d’Afrique du Nord, dix-sept équipèrent le GC II/5 "Lafayette" de l’Armée de l’Air ralliée aux Anglo-américains, les quinze autres furent perdus en mer lors de leur convoyage.
Pour clore ce chapitre sur les spécificités du modèle F, il convient de signaler que le troisième exemplaire du P-40F (serial 41-13602) fut conservé par l’usine Curtiss à des fins d’expérimentations. Cet appareil, rebaptisé officieusement YP-40F, vit sa silhouette radicalement transformée : l’entrée de la prise d’air du radiateur fut reculée jusqu’au niveau du bord d’attaque des ailes. Elle était prolongée par un long carénage aérodynamique. Cette modification, effectuée au début de 1942, n’apporta aucun gain concret au niveau de la stabilité et des performances et donc, elle resta sans suite.


YP-40F : sur le 3ème P-40F (serial 41-13602) le radiateur fut déplacé vers l’arrière. Cette modification ne fit pas progresser les performances, l’idée fut alors abandonnée.


Le P-40F combattit principalement sur trois fronts : sur le front russe, à Guadalcanal (îles Salomon) et en Méditerranée (Afrique du Nord et Italie).
Au début de 1942, les premiers P-40F de l’Army Air Force équipèrent le 57th FG, composé du 64th FS "the Black Scorpions", du 65th FS "the Fighting Cocks" et du 66th FS "the Exterminators". Le 57th FG, tout d’abord basé à Mitchell Field près de New York, arriva en Palestine puis en Egypte à partir de septembre 1942 où il opéra conjointement avec le Squadron 112 de la RAF. En prévision de l’opération "Torch", le débarquement sur les plages du Maroc et de l’Algérie, le nombre de P-40 augmenta rapidement : le 57th FG fut renforcé par le 33rd FG (58th, 59th, 60th FS), par le 79th FG (85th, 86th, 87th FS) et par le 324nd FG (314th, 315th, 316th FS).
Le fait d’armes le plus célèbre du P-40F en Méditerranée est connu sous le nom de "Palm Sunday Massacre". Le dimanche 18 avril 1943, à la tombée du jour, 46 P-40 du 57th FG effectuaient une patrouille près du Cap Bon, au large de la Tunisie. Ils évoluaient à une altitude de 5000 mètres et étaient couverts par le 92.Sqdn de la RAF équipé de 11 Spitfire. Alors que cette patrouille touchait à sa fin, l’un des pilotes repéra une grosse formation allemande volant à 300 mètres au dessus de la mer. Cette armada allemande était composée de 60 avions de transport, des trimoteurs Junkers Ju 52, escortés par une trentaine de chasseurs Messerschmitt Bf 109 et Bf 110. Elle avait pour mission de ravitailler les troupes de Rommel en Tunisie. Aussitôt, les P-40 piquèrent sur l’ennemi et de féroces combats s’engagèrent. Le massacre dura dix minutes au cours desquelles les P-40 revendiquèrent 59 Junkers et 16 Messerschmitt au prix de 6 des leurs. Bien que la Luftwaffe n’ait reconnu la perte que de 24 Junkers, tandis que 35 autres, dans un état lamentable, auraient réussi à effectuer des atterrissages d’urgence, la perte de cette flotte d’avions de transport fut un coup de grâce pour l’Afrika Korps qui fut contrainte à la capitulation 25 jours plus tard.


P-40F-5 (serial 41-14315, fuselage long) : cet avion appartenait au 33th FG. Il participa à l’opération "Torch" le 8 novembre 1942. Il fut lancé à partir du USS Ranger, croisant au large du Maroc.



P-40F-1 (serial 41-13947, fuselage court) : ce P-40 était piloté par le 1st Lt. Gilbert O. Wymond du 66th FS, 57th FG. Il participa au "Palm Sunday Massacre" du 18 avril 1943.



Ce Curtiss P-40F-20 (serial 41-20006, fuselage long) était l’appareil du Colonel R.L. Baseler, commandant du 325th FG, basé à Mateur, Tunisie, en septembre 1943. Il obtint 5 victoires à bord de cet appareil, mais aucune contre les appareils de reconnaissance allemands qui volaient à haute altitude, alors qu’il avait été spécialement allégé, en vue de ces interceptions, par la suppression de deux de ses mitrailleuses et de sa radio.


En 1916, un groupe de volontaires américains arriva en France pour soutenir l'effort de guerre. Ils créèrent alors une escadrille aérienne dans l'armée française. Elle fut appelée "La Fayette" en l'honneur du marquis français qui aida la jeune Amérique à conquérir son indépendance au XVIII ème siècle. En novembre 1942, après l’opération "Torch", le colonel Willis, un ancien de l'escadrille de 1918 retrouva avec nostalgie la tête de sioux sur les Curtiss H.75A français. Il décida alors que cette escadrille serait la première à être rééquipée en matériel américain. Ainsi, si les premiers modèles de P-40 n’eurent pas le temps de porter les cocardes de l’Armée de l’Air en 1940, ce fait fut réparé dès la fin de 1942, grâce à ce colonel américain. Le GCII/5 toucha tout d’abord des P-40F, puis ultérieurement des P-40L. Voici quelques profils de ces avions qui contribuèrent au renouveau de notre Armée de l’Air. Ces 17 P-40F étaient tout d’abord destinés aux Britanniques, ils portaient les serials FL 225 / 228 / 260 / 294 / 305 / 307 / 311 / 313 / 315 / 319 / 324 / 343 / 344 / 347 / 353 / 354 et 361.


Ce Curtiss P-40F-5 (serial 41-14289, fuselage long) était l’avion personnel du Commandant Kostia Rozanoff qui dirigeait le GC II/5" La Fayette", basé à Thélepte en Tunisie, en janvier 1943.


En février 1940, Kostia Rozanoff fut nommé commandant en second du GC II/4. Il obtint ses deux seules victoires au cours de la Campagne de France. Après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, en novembre 1942, il prit le commandement du GC II/5 La Fayette et combattit en Tunisie. Il baptisa son P-40 Madkot, contraction du prénom Madeleine (son épouse) et de Kostia. Fin 1945, il fut muté comme directeur du centre d'essais de Mont-de-Marsan, avec le grade de colonel, puis il quitta l'armée en octobre 1946. Rozanoff entra alors chez Marcel Dassault comme directeur des essais en vol, et assura la mise au point des premiers jets français : l'Ouragan puis le Mystère. Le 24 février 1954, il fut le premier pilote français à franchir le mur du son en vol horizontal sur un avion français, un Mystère IV. Kostia Rozanoff trouva la mort aux commandes de ce même Mystère IV le 3 avril 1954 lors d'une tentative de passage du mur du son à très basse altitude : une défaillance provoqua le piqué brutal de l'avion qui s'écrasa aussitôt, sans laisser la moindre chance à son pilote.


Ce Curtiss P-40F-1 N°6 (fuselage court) était l’avion personnel de Jean Gisclon, le célèbre écrivain, qui termina la guerre avec 300 missions.


Jean Gisclon mena ses premiers combats en 1936, au cours de la Guerre d’Espagne au sein de l'escadrille Abel Guidez. Lors de la Bataille de France, il fut affecté GC II/5 à Toul, et il remporta 5 victoires. Le 23 juin, le Groupe fut envoyé en Algérie.
8 novembre 1942 : les Américains débarquèrent en Afrique du Nord et Jean Gisclon repartit au combat, il participa à la première campagne de Tunisie et il obtint une sixième victoire. En mars 1944, il volait sur P.47 "Thunderbolt" en Corse et il participa à la campagne d'Italie puis à la campagne de France.
Jean Gisclon est également très connu pour ses talents d’écrivain, on lui doit notamment : Ils Ouvrirent le Bal, Des Avions et des Hommes, L'Escadrille La Fayette, La Grande Aventure de la Chasse Française, Espagne 1936, Les 1000 Victoires de la Chasse Française, Chasseurs au Groupe La Fayette, etc …


Ce Curtiss P-40F-1 (serial 41-14263, fuselage court) fut l’un des premiers reçus par le GC II/5 "La Fayette" fin 1942. Les mécanos ont appliqué les couleurs françaises à cet avion, mais il s’agit des cocardes d’armistice à bande blanche, imposées par les Allemands et les Italiens depuis 1940.
Dans la hâte, les mécanos n’avaient pas du prendre le temps de lire les nouvelles directives !



Ce Curtiss P-40F (probablement un F-5 à fuselage long) appartenait à l’escadrille "La Fayette". Le pilote de ce N°7 "Cricket" n’est pas connu.

Publié dans P40

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article